David Goldblatt

Cette semaine, quelques clichés emblématiques du travail du maître de la photo sud-africaine. Des photos souvent très fortes. J’aime beaucoup.
J’espère que vous partagerez mon intérêt pour cet immense photographe !

David Goldblatt, né le 29 novembre 1930 à Randfontein dans le Transvaal en Afrique du Sud, au sein d’une famille d’origine lituanienne, est un photographe sud-africain.

David Goldblatt a photographié pendant des décennies le paysage politique d’Afrique du Sud, portant un intérêt particulier pour l’histoire de son pays.

Depuis les années 1960, il a ainsi observé l’évolution sociale et politique de la société sud-africaine, explorant la relation entre les individus et les structures dans lesquelles ils vivent. Il a notamment saisi et analysé au travers de ses photographies l’intersection entre la terre, ses habitants et ses valeurs, dévoilant les origines, la complexité et les nuances de la société sud-africaine.

Ses photographies ont apporté un témoignage de la vie quotidienne en Afrique du Sud non seulement sous l’Apartheid mais aussi depuis la fin du régime ségrégationniste.

Le Centre Pompidou consacre pour la toute première fois une rétrospective à l’œuvre de David Goldblatt, figure clé de la scène photographique sud-africaine et artiste phare du documentaire engagé. À travers ses photographies, Goldblatt raconte l’histoire de son pays natal, sa géographie et ses habitants. L’artiste entretient dans son œuvre une tension singulière entre les sujets, le territoire, le politique et la représentation. L’exposition retrace son parcours à travers un choix de séries majeures et dévoile aussi des ensembles plus méconnus, comme ses premières photographies prises dans les townships de Johannesbourg. La série On the Mines, devenue aujourd’hui une œuvre emblématique de l’histoire de la photographie documentaire, est présentée avec des tirages de travail. L’exposition montre enfin une partie de la série Particulars appartenant à la collection du Centre Pompidou, ou encore le travail plus récent de l’artiste à travers la série Intersections. Toutes ces séries reviennent avec acuité sur la complexité des relations sociales sous l’apartheid.

Biographie

David Goldblatt est le plus jeune fils d’Eli Goldblatt et Olga Light, tous deux d’ascendances juives allemandes. Il s’intéresse très jeune à la photographie et effectue sa scolarité au lycée de Krugersdorp.

Après des études commerciales à l’université du Witwatersrand, Goldblatt a commencé sa carrière professionnelle comme photographe de presse en 1948. C’est ainsi qu’il photographie la mise en place des nouveaux panneaux de ségrégation raciale, mis en place dans le cadre de la politique d’apartheid.

En 1963, il se consacre à la photographie professionnelle et travaille sur de nombreux ouvrages consacrés à la vie quotidienne des Sud-Africains, blancs ou noirs.

En 1998, il publie South Africa: The Structure of Things Then consacrée à la vie quotidienne en Afrique du Sud du début de la colonisation jusqu’en 1990.

C’est en 1998 qu’il expose son travail au musée d’art moderne (MoMA) de New York puis en 2001 à Barcelone.

Jusqu’à la fin des années 1990, les photographies professionnelles de Goldblatt sont effectuées en noir et blanc. Ce n’est qu’après avoir travaillé sur un reportage en Australie qu’il prend des photos en couleurs.

L’ensemble de son œuvre est récompensé en 2009 par le prestigieux prix Henri-Cartier-Bresson1.

Il reçoit le prix Cornell Capa en 2013.

Expositions

1974 – Photographers’ Gallery, Londres

1975 – National Gallery of Victoria, Melbourne

1975 – Photography Place, Sydney

1977 – Durban Art Gallery, Durban, Afrique du Sud

1978 – Market Theatre Galleries, Johannesburg

1983 – Johannesburg Art Gallery, Johannesburg

1983 – Pretoria Art Gallery, Pretoria

1983 – SA National Gallery, Le Cap

1985 – Side Gallery, Newcastle upon Tyne

1986 – Photographers’ Gallery, Londres

1998 – The Museum of Modern Art, New York;

Institut d’architecture des Pays-Bas (NAi), Rotterdam

1999 – South African National Gallery, Le Cap

2001 – Galerie Krings-Ernst, Cologne

2001-2005 – David Goldblatt – Fifty-One Years. Axa Gallery, New York;

Musée d’art contemporain de Barcelone (MACBA), Barcelone;

Witte de With, Rotterdam;

Centre culturel de Belém, Lisbonne;

Modern Art, Oxford;

Palais des Beaux-Arts, Bruxelles;

Lenbachhaus, Munich;

Johannesburg Art Gallery

2002 – Galerie Krings-Ernst, Cologne

2004 – Galerie Marian Goodman, Paris

2005 – Galería Elba Benítez, Madrid

David Goldblatt – Intersections. Museum Kunst Palast, Düsseldorf;

Camera Austria, Graz

2006 – Rencontres d’Arles, Église Sainte-Anne, Arles

Hasselblad Center, Göteborg

2007 – David Goldblatt – Intersections. Huis Marseille, Amsterdam;

Berkeley Art Museum

2007 – D. G. – Südafrikanische Fotografien 1952 – 2000. Fotomuseum Winterthour

2010 – D.G. – “TJ” (Transvaal Johannesburg) – Fondation Henri Cartier Bresson (Paris)

2018 – David Goldblatt, Centre Georges-Pompidou, Paris, 21 février 2018 – 13 mai 2018.

Bibliographie

On The Mines avec Nadine Gordimer, Le Cap, 1973

Some Afrikaners Photographed, Johannesburg, 1975

Cape Dutch Homesteads, avec Margaret Courtney-Clark et John Kench, Le Cap, 1981

In Boksburg, Le Cap 1982

Lifetimes: Under Apartheid, avec Nadine Gordimer, New York, 1986

The Transported of KwaNdebele, avec Brenda Goldblatt et Phillip van Niekerk, New York, 1989

South Africa: the Structure of Things Then, Le Cap, New York, 1998

Lesley Lawson: David Goldblatt, Londres 2001 (Phaidon 55)

David Goldblatt Fifty-One Years, Barcelone, 2001

Particulars, Johannesburg, 2003 (“Prix du Livre ”, 16es Rencontres internationales de la photographie Arles 2004)

David Goldblatt – Intersections, Munich et al., 2005

David Goldblatt: Photographs, Hasselblad Award, 2006 (ISBN 3775719172)

Journal « Liberation » 9 mars 2018

L’Afrique du Sud est une terre fertile pour la photographie. Or, parmi les Guy Tillim, Pieter Hugo, Jodie Bieber, Santu Mofokeng, Zanele Muholi ou Roger Ballen qui ont su se tailler une réputation enviable dans le grand bain international, David Goldblatt y occupe une place à part, pas seulement imputable à son âge. Certes, à 87 ans, le personnage fait légitimement office de figure tutélaire, lui dont l’activité professionnelle à plein-temps remonte au début des années 60. Mais le seul critère de la longévité ne saurait suffire à expliquer la prééminence d’un artiste dont le parcours demeurera marqué du sceau de l’exigence et de la rectitude.

Le centre Pompidou organise aujourd’hui une grande rétrospective printanière de ses œuvres, composée de 255 tirages, mais aussi de 45 documents et de 7 films (produits pour l’occasion) qui explicitent la démarche. L’entrée et la sortie se font par le même accès et rien n’interdit d’envisager cet agencement comme une manière de boucler la boucle, des premières images, prises encore enfant dans les mines de Randfontein, aux récents spasmes de son pays quand, par exemple, des étudiants de l’université du Cap ont entrepris de déboulonner la statue de Cecil Rhodes, homme d’affaires et politicien du XIXe siècle posthumement diabolisé en tant que symbole du colonialisme.

A rebours de tout sensationnalisme, David Goldblatt documente l’évolution d’une nation qui, durant la seconde moitié du XXe siècle, portera comme on le sait cette ignominieuse balafre de l’apartheid dont il va s’employer à montrer les conséquences sociales, évidemment, mais aussi économiques et urbaines. De Johannesburg, la ville où il passera l’essentiel de sa vie, à Boksburg, bourgade de la classe moyenne blanche recroquevillée sur ses (bien mal) acquis, des transports en commun dans lesquels s’entasse une main-d’œuvre noire harassée, au centre commercial de Soweto symbolisant l’essor d’une classe moyenne noire ces vingt dernières années, rien – ou si peu – n’aura échappé à la sagacité citoyenne du photographe.

Rares sont les expositions où le poids des mots est aussi important. Est-ce à dire que vous leur faites parfois plus confiance qu’aux images ?

Pardonnez-moi de vous le dire, mais je ne trouve pas la question bonne du tout. Tantôt, c’est le visuel qui prédomine, ou c’est le texte, sans règle préétablie. Il me faut préciser, en revanche, que je n’envisage l’ensemble de mon travail que comme un dialogue avec moi-même et avec mes compatriotes. Je ne parle que de ce que je connais et, pour être franc, me contrefiche de la manière dont mon parcours est perçu par le public étranger, que je ne cherche aucunement à prendre par la main. Tant mieux si certains font l’effort de lire les textes, afin d’avoir une meilleure compréhension du sujet, la plupart de mes photos nécessitant d’être contextualisées, y compris pour les Sud-Africains. Mais au fond cela m’importe peu, dans la mesure où je ne m’estime pas porteur du moindre message, a fortiori vis-à-vis du monde extérieur. Le fait qu’une telle exposition puisse avoir lieu me ravit, bien sûr, mais croyez-moi, je reste peu sensible aux hommages pour autant.

L’usage du noir et blanc, pour la grande majorité de vos photos, fait-il métaphoriquement référence à votre perception de la ségrégation raciale ?

Durant l’apartheid, la couleur m’a paru trop douce pour représenter la réalité du quotidien. Dix ans après la chute du régime, vers 2001-2002, j’ai éprouvé une grande joie qui m’a incité à passer à la couleur – qui, soit dit en passant, n’avait rien de nouveau pour moi puisque j’avais commencé à la pratiquer en 1964. Puis, vers 2012, je ne me suis pas senti l’aise avec la manière dont évoluait mon pays et cela m’a incité à revenir au noir et blanc. Ceci étant, couleur ou noir et blanc, les deux me conviennent et je me garde bien d’établir la moindre hiérarchie, ma seule préoccupation restant le sujet, qui m’attirera pour telle ou telle raison : étonnement, agacement, colère…

Adolescent, lorsque l’apartheid a été instauré, avez-vous immédiatement pris la pleine mesure de cette infamie ?

Oui, le Parti national venait de remporter les élections, ma famille et moi-même avons aussitôt compris ce que cela signifiait. J’en ai été très affecté, bouleversé même, car cela ne faisait qu’entériner la suprématie blanche sur des critères explicitement racistes. Mais je n’ai pas envisagé mon appareil comme une arme pour autant ; surtout qu’en 1948, je terminais le lycée et ne prenais des photos que de façon occasionnelle. Mais par la suite, je n’ai pas plus revendiqué un quelconque engagement, ne cherchant pas, à l’inverse, à établir de lien avec l’ANC [African National Congress], ce qui a pu générer certains malentendus. L’indépendance a toujours été la clé de ma démarche et, pour cela, il me fallait rester à l’écart de toute éventuelle tentative de récupération propagandiste.

Néanmoins, j’établissais une distinction entre le travail de commande et des sujets bien plus personnels. Dans le premier cas, j’étais là pour répondre à une demande, souvent en couleur, formulée par des rédacteurs en chef à Paris, New York, etc., avec des clients comme le New York Times, le Sunday Times ou Paris Match. Dans le second, sans jamais rien faire d’illégal, je posais un regard disons plus détourné, qui n’alertait pas les autorités. A telle enseigne que, malgré la surveillance en vigueur, je n’ai jamais été confronté à la censure, pour deux raisons sans doute : 1) je ne documentais pas explicitement la répression et le pouvoir ne cherchait pas vraiment à comprendre ce que je faisais ; 2) une écrasante majorité de mes concitoyens ignoraient mon travail, principalement visible dans des petites galeries, de temps à autre. En outre, le fait d’être blanc me laissait une totale liberté de mouvement et, par conséquent, la possibilité de fréquenter toutes les communautés sans devoir rendre de compte.

Qu’éprouviez-vous en tant qu’artiste sud-africain au contact des membres de la communauté afrikaner que vous saviez racistes ?

Une forme d’ambivalence qui, peut être, transparaît dans les photos qui en résultent : je laisse chaque visiteur libre d’en juger. Il y avait bien un conflit intérieur, car ces hommes et ces femmes, que j’ai côtoyés de très près pendant six ou sept ans, pouvaient aussi se montrer compatissants, hospitaliers, aimables, y compris avec leur personnel. Leur idéologie, dont je faisais abstraction en tant que photographe, n’en demeurait pas moins intolérable.

Le fait de venir d’une famille qui avait dû fuir les persécutions antisémites en Europe à la fin du XIXe siècle a-t-il pu exacerber votre indignation ?

L’histoire de mes grands parents, d’origine lituanienne et lettone, n’était pour ainsi dire jamais évoquée dans le cercle familial. Mes deux frères et moi n’en connaissions que très peu de chose, sans que le sujet fût tabou pour autant. Néanmoins, et bien que ne croyant pas en Dieu, j’ai été élevé dans la grande tradition juive avec, entre autres valeurs, un sens de la justice exacerbé.

Quel bilan tireriez-vous du Market Photo Workshop [école de photographie et lieu d’exposition qu’il a initié] presque trente ans après sa fondation à Johannesburg ?

Je pense qu’il a remporté un immense succès et contribué à l’essor de la photo en Afrique du Sud en révélant de nombreux jeunes talents. Il a surmonté les barrières raciales et s’est intéressé à tous les champs de la société en témoignant d’une grande vitalité. Mais, bien qu’ayant créé cette structure, je dois préciser que mon influence au quotidien n’était guère perceptible, n’y ayant par exemple jamais enseigné, simplement faute d’envie.

A la ségrégation raciale en Afrique du Sud, ne s’est-il pas substitué une autre forme d’apartheid, économique, donc plus insidieuse, dans un pays considéré comme le plus inégalitaire au monde ?

Peut-être, mais ces deux notions n’en demeurent pas moins incomparables. L’apartheid était un système idéologique infamant qui, érigé en dogme, avait une incidence sur tous les aspects de la vie au quotidien en s’efforçant de maintenir à tout prix la population noire la tête sous l’eau. A l’inverse, aucune loi ne régit la situation économique du pays qui, tout en n’ayant pas fini de subir le contrecoup de l’apartheid, possède aussi de vrais arguments, à partir d’une Constitution qui garantit un système républicain démocratique très solide dont beaucoup feraient bien de s’inspirer.

J’aime vraiment l’Afrique du Sud, mais cela ne m’empêche pas d’en voir les travers, comme cette corruption qui la gangrène. Le départ de Jacob Zuma [le président de la République a quitté le pouvoir mi-février sous pression de l’ANC, ndlr] est évidemment une bonne chose, de même que l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa doit être perçue comme une grande chance pour le pays. Cet homme, que j’ai croisé dans les années 80 lorsque je travaillais sur l’industrie minière, a commis de graves erreurs par le passé. Mais il est intelligent et je pense qu’il en a tiré les enseignements nécessaires. Je m’efforce d’être optimiste pour l’avenir, mais mon pays se reconstruit sur un gâchis humain et économique tel qu’il lui faudra bien deux ou trois générations encore pour recouvrer la santé. Autant dire que ni vous ni moi ne seront là pour le voir.

Une réponse sur “David Goldblatt”

  1. la photo humaniste à mon humble avis restera “indémodable”magnifiques portraits de N.Mendela et de l’homme à la pipe!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

menu